"Un ingénieur se doit de connaître les ordres de grandeur"

15 mai 2017
"Lorsque Pierre-Gilles de Gennes est arrivé à l’École pour se présenter avant d’en devenir le directeur, dans son discours, devant le grand amphi bondé, il a posé à peu près cette question (je simplifie) : "Un ingénieur se doit de connaître au moins les ordres de grandeur, sans avoir besoin de sa calculatrice. Si votre tasse de café refroidit, mettons de 50°C, elle perd de l’énergie. Pour lui redonner environ la même énergie, bien que sous une forme différente, de combien faudrait-il la soulever ?". Personne n’a ouvert la bouche. Ni les étudiants de cette très grande école, ni les anciens étudiants (donc des ingénieurs en activité), ni même les professeurs, personne n’a osé. Nous nous sommes regardés en silence. C’était pourtant faisable. À la portée d’un élève de Première. De Gennes a donné la réponse : 20 kilomètres. Voilà ce que j’ai retenu de sa présentation : il faut avoir une vision globale. Sinon tout le monde se retrouve collé. P.S. Et les 20 kilomètres ? C’est beaucoup mais c’est normal. On n’a jamais entendu parler des eaux chaudes du Niagara : si ses chutes de 50 mètres ne suffisent pas pour les réchauffer visiblement, c’est donc qu’il faut beaucoup plus. L’énergie de la chaleur est bien plus concentrée, compte bien davantage que celle de la hauteur. C’est vrai qu’une voiture peut faire 20 kilomètres en brûlant un seul litre d’essence, et un homme à vélo faire plus avec un sandwich."

Daniel Kendé (91e)

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