"La vitesse extraordinaire du fonctionnement de sa pensée"

16 mai 2017

"Il y a de cela 15 ou 20 ans, alors que j’étais secrétaire général de notre Association, j’ai eu la (grande) chance d’approcher quelques fois Pierre-Gilles de Gennes, alors directeur de l’École. L’une de ces rencontres m’avait beaucoup frappé et m’est restée en mémoire. À ce moment-là, les pouvoirs publics (de la Ville ou de plus haut encore ?) avaient décidé de transférer les cendres de Pierre et de Marie Curie dans les sous-sols du Panthéon ("Aux grands hommes la Patrie reconnaissante" !). Et après ce transfert, une cérémonie officielle avait été organisée par ces mêmes pouvoirs publics au sein du Panthéon. Étant arrivé en avance, j’avais eu le temps de découvrir une chose assez inattendue en ce lieu : un immense pendule accroché tout en haut, sous la coupole, tombant presque jusqu’au sol et soutenant une lourde masse sous laquelle était fixée une pointe. Et au sol, autour de ce pendule, avait été installée près du sol, sur peut-être une bonne dizaine de mètres de diamètre, une rambarde (un peu comme autour de la piste d’un cirque), sur laquelle avait été déposée une frange de sable, dans laquelle la pointe sous la masse du pendule devait venir tracer son passage. Il s’agissait à l’évidence d’une expérience, ouverte au grand public, sur le pendule de Foucault. Comme tout pécéen, je connaissais l’existence du phénomène qui veut qu’un tel pendule fasse un "tour de piste" en plus de 24 heures. Mais de combien ? M’étant approché de Monsieur de Gennes pour le saluer, je lui fis part de cette question. Il me répondit quasi-instantanément quelque chose comme : "C’est très simple, mais voilà un excellent exercice pour taupins". C’était très simple pour lui, mais pas forcément pour tout le monde. On devine qu’aux pôles le pendule fait un tour en 24 heures (en fait, c’est la terre qui tourne sous le pendule) et qu’à l’équateur le pendule ne tourne pas ; mais entre les deux ? Ce qui m’avait le plus frappé dans cette rencontre, c’était l’étendue exceptionnelle des connaissances de ce grand homme, bien sûr, mais aussi la vitesse extraordinaire du fonctionnement de sa pensée. Notre école a eu une grande chance d’avoir Pierre-Gilles de Gennes à sa direction. PS. Par consultation de livres, j’ai retrouvé la formule donnant la durée du "tour de piste complet" du pendule : 24 heures / sinus de la latitude du lieu, soit environ 32 heures à la latitude de Paris."

Claude Romiguière (67e), 2 mai 2017

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