Les ingénieurs ESPCI dans la lutte contre le coronavirus

04 sept. 2020

Visières pliables de Raphaël Candelier, 120
Visières pliables de Raphaël Candelier (120e)

Alors que la pandémie de coronavirus touche toujours massivement tous les pays, de nombreux ingénieurs ESPCI ont pris des initiatives pour faire face à cette crise dès l’apparition du virus en France, avec la volonté de mettre à profit leurs compétences. Des actions ont été menées à différentes échelles : pour la protection des personnes mais aussi pour la détection et le traitement des patients.

Au début de la propagation de l’épidémie de COVID-19 en France, les besoins en matériel de protection se sont révélés très importants et supérieurs aux stocks disponibles. Il fallait donc produire des protections à la fois rapidement et en nombre. De nombreux fab labs ont lancé une production de visières par impression 3D, mais c’est un processus très long, et des problèmes d’approvisionnement en matières premières et de logistique sont apparus. Pour remédier à ce problème, Raphaël Candelier, 120e, chercheur CNRS à Sorbonne Université, a développé un prototype de visières pliables très innovant. Grâce à une campagne de crowdfunding relayée sur le site ESPCI.org, puis un financement de l’université 4 500 visières ont été distribuées aux soignants et 12 000 produites pour les personnels de l’université. La créativité a été la clef dans ce projet, pour penser autrement et proposer des visières pliables. De plus, de nombreuses entreprises ont tenté de maintenir leur activité dans des conditions sanitaires très strictes, et le besoin d’un outil permettant le respect de la distanciation sociale entre les salariés s’est rapidement fait sentir. Devellyn, entreprise cofondée par Laurent Taisne, 108e, a développé très rapidement 6FeetSafe dans cette optique. Spécialisée en intelligence artificielle et en géolocalisation indoor, les badges qu’elle propose permettent un calcul des distances en temps réel et un signal est envoyé au salarié concerné en cas de trop grande proximité. Avec le déconfinement, l’enjeu est de permettre au plus grand nombre de travailler en toute sécurité. 

L’épidémie de coronavirus a aussi mis à rude épreuve le système de santé, en France comme dans beaucoup d’autres pays du monde. Tout d’abord, la détection du virus est primordiale pour contenir sa propagation, et proposer un traitement efficace. Mobidiag, spécialisée dans le diagnostic moléculaire par détection d’acide nucléique, a développé deux solutions de tests. La première, Amplidiag, tend à répondre aux besoins des laboratoires pour un grand nombre de tests, et la seconde, Novodiag, est totalement automatisée et adaptée aux hôpitaux. La pénurie d’écouvillons et de réactif a complexifié le développement de ces tests, et Yann Marcy, 114e, directeur R&D et responsable France de l’entreprise, a fait appel au réseau des anciens pour en sécuriser l’approvisionnement. L’entreprise a multiplié la production de consommables par dix et d’instruments par trois, ce qui a nécessité beaucoup de réactivité. La pluridisciplinarité ainsi que l’ouverture à l’expérimental ont été un atout de taille pour le développement de ces dispositifs. Et si le test se révèle positif, pour les médecins, la connaissance de données chiffrées devient un facteur décisif pour l’envoi ou non du patient à l’hôpital.

Scanwatch
La Scanwatch

 

La Scanwatch, dernière montre développée par Withings, permet de mesurer au poignet le taux d’oxygène dans le sang, afin de permettre le maintien à domicile de personnes atteintes de souffrances respiratoires et de prévoir le moment où l’hospitalisation est nécessaire. Eric Carreel, 98e, PDG de l’entreprise, a également fait le don de 50 000 masques à deux hôpitaux parisiens et plusieurs centaines de thermomètres sans contact.

Respirateur produit fini
Un respirateur pour deux patients

Enfin, les stocks de respirateurs ont été très tendus pendant la crise, en particulier en Italie où les médecins ont dû choisir quel patient était placé sous respirateur. Pour que cette situation ne se reproduise pas en Argentine, Thomas Duriez, 119e, et ses collègues du laboratoire de mécanique des fluides de l’Université de Buenos Aires ont développé un dispositif permettant d’utiliser un seul respirateur pour deux patients. Ils ont conçu une vanne permettant de régler le débit ainsi que la pression à l’inspiration, le débit d’air total et la pression à l’expiration sur chacune des branches. La seule condition est d’avoir la même fréquence respiratoire pour les deux patients, c’est pourquoi la machine doit être utilisé en mode respiration contrôlée. La pluridisciplinarité a joué un rôle important dans le développement de ces kits, mais l’approche expérimentale de la formation ESPCI a permis d’appréhender très rapidement tous les appareils nécessaires pour réaliser les tests. Aujourd’hui, 1000 kits vont être construits pour les 1000 respirateurs présents en Argentine, dans l’espoir qu’ils ne soient jamais utilisés.

 

 

 

Merci à Camille Georges (138e) pour la rédaction de cet article 


Autres communications